DISCOURS
Notes pour une allocution de
Dalton McGuinty,
Premier ministre de l’Ontario
à l'école de droit de l'Université Tsinghuai
le 7 novembre, 2005 --
SOUS RÉSERVE DE MODIFICATIONS
C 'est un honneur pour moi que d'être parmi vous aujourd'hui.
De nombreuses activités figurent à l'ordre du jour de notre voyage en Chine.
Mais j'avais particulièrement hâte à celle-ci.
Tsinghua est reconnue au Canada et dans le monde entier comme l'une des meilleures universités de la Chine.
L'éducation est très importante à mes yeux.
Mon père était professeur d'université.
Mon épouse Terri est enseignante.
Et mes quatre enfants fréquentent l'université au Canada.
Je crois que l'éducation est la chose la plus importante dont nous pouvons nous occuper pour renforcer notre population.
Et des personnes fortes sont le fondement d'un pays fort.
Un pays fort connaîtra un succès durable au sein de l'économie mondiale.
Cela signifie que le gouvernement de la province de l'Ontario, que je dirige, accorde une très grande importance à l'éducation.
Nous investissons massivement dans les universités pour que notre population et notre province puissent connaître la réussite.
Des représentants de neuf universités m'accompagnent en Chine.
Ainsi que des représentants de cinq collèges et de trois conseils scolaires.
Enfin, le fait de rencontrer des étudiantes et des étudiants chinois me rappelle une époque très heureuse de ma jeunesse.
Il y a 35 ans que le Canada et la Chine ont établi des relations diplomatiques.
À l'époque, ce fut considéré comme un geste controversé au Canada.
La Chine avait subi des bouleversements internes très importants et, dans une mesure notable, était isolée du reste du monde.
Mais Pierre Trudeau, le premier ministre du Canada à l'époque, était d'avis qu'il ne fallait plus tenir la Chine à l'écart.
Il croyait que si nous nous engagions mutuellement, le Canada, la Chine, et même le monde entier, en tireraient profit.
Il avait raison.
Nos deux pays ont donc commencé cet engagement.
Les premiers étudiants chinois arrivèrent au Canada en 1973.
L'actuel ambassadeur de la Chine au Canada, Lu Shumin, faisait partie de ce premier groupe de neuf personnes.
Ils se sont tous installés à Ottawa, ma ville natale – et la capitale du Canada.
Trois de ces étudiants ont habité la maison de mes parents pendant leurs études en 1973.
Ils ont vécu avec mes neuf frères et sœurs, ma mère, mon père et nos deux chiens.
L'un d'entre eux fait partie de la délégation de la Chine aux Nations Unies, à New York.
Le deuxième est l'ambassadeur de la Chine en Afrique du Sud.
Et je crois comprendre que le troisième travaille ici, à Beijing.
C'est à eux que je dois mes premiers vrais aperçus de la Chine.
Depuis ce jour, je porte une attention attentive à la Chine.
Ces neuf étudiants ont engendré un torrent.
L'an dernier, plus de 10 000 étudiants de la Chine étaient inscrits dans les universités et les collèges de l'Ontario.
Je veux remercier le doyen Wang et le professeur Alexandroff de m'avoir invité à assister à la réitération du protocole d'entente entre l'université Tsinghua et l'université de Toronto.
Les universités de la province, et particulièrement l'Université de Toronto et l'Université de Waterloo, ont tissé des liens particuliers avec l'Université Tsinghua.
Je vous encourage à faire appel à l'expertise de ces universités de l'Ontario, deux parmi nos meilleures, pour en apprendre davantage sur la province.
Et j'aimerais vous encourager également, tout comme j'encourage mes quatre enfants et bien que vous ayez tous les droits d'être fiers de votre citoyenneté et d'être attachés à votre pays, à comprendre qu'au début du 21 e siècle, nous sommes tous des citoyens du monde.
Et vous serez les bienvenus à venir visiter notre pays de même qu'à venir y étudier.
La population de Toronto est l'une des plus diversifiées au monde. Il y vit des personnes de tous les coins du monde, parlant plus de 130 langues.
Dans la région du Grand-Toronto, quelque 500 000 Canadiens et Canadiennes d'origine chinoise y vivent.
Plus nous nous connaissons, plus il est vrai d'affirmer que sur cette petite planète, nos différences importent peu.
Ce qui importe le plus est notre humanité commune.
Ce n'est pas la langue qui est le plus important, ni la couleur de notre peau, ni notre religion ou nos croyances et ni même notre histoire.
Ce qui est le plus important c'est que nous sommes tous unis par une humanité commune.
Et si nous pouvons comprendre cette vérité de base, nous pourrons vivre ensemble dans la paix et l'harmonie de même que dans le partenariat et dans l'amitié.
Vous étudiez, vous enseignez ou vous pratiquez le droit.
J'ai été avocat, moi aussi.
Et aujourd'hui, à titre de premier ministre de l'Ontario, je suis un législateur.
Par conséquent, aujourd'hui, j'aimerais vous entretenir du droit.
J'aimerais plus précisément vous entretenir de la primauté du droit.
Ici, en Chine, et dans ma propre province, l'Ontario, au Canada.
J'aimerais également vous entretenir de l'engagement que nous devons prendre pour renforcer la primauté du droit.
J'ai été privilégié d'avoir pu rencontrer le président Hu Jintao lors de sa visite au Canada, en septembre dernier.
Avant sa venue à Toronto, le président a rencontré le premier ministre du Canada, Paul Martin, à Ottawa.
Le président Hu a déclaré, durant sa visite, que la Chine considère maintenant le Canada comme un « partenaire stratégique ».
Cette désignation nous est très chère. Elle donne une impulsion supplémentaire aux travaux de ma mission.
Durant leurs rencontres, le premier ministre du Canada a souligné au président Hu, au nom de toutes les Canadiennes et de tous les Canadiens, l'importance qu'accorde le Canada aux droits de la personne.
À la « primauté du droit ».
Au fait de s'acquitter des obligations et des engagements internationaux que nos deux pays ont acceptés, y compris les deux conventions sur les droits de la personne que la Chine a signées.
Je partage avec le premier ministre du Canada l'espoir que la Chine ratifiera bientôt le traité international sur les droits civils et politiques.
Le premier ministre a soulevé ces questions parce qu'elles sont chères à l'ensemble des Canadiennes et des Canadiens, et parce que c'est au gouvernement du Canada qu'incombe la conduite de la politique étrangère entre États.
Le respect des droits fondamentaux des citoyens est un élément auquel mon gouvernement et moi-même accordons également une très grande importance.
Les droits de la personne et la primauté du droit sont inextricablement et fondamentalement liés.
Lorsque la Constitution chinoise a été amendée en mars 2004, une phrase a été ajoutée à l'effet que le gouvernement allait respecter et maintenir les droits de la personne.
Cela était un développement heureux.
Je suis heureux de m'associer aux leaders du Canada et de partout ailleurs pour demander aux responsables chinois de veiller à ce que ces protections constitutionnelles soient appliquées de manière juste et universelle.
Les dirigeants canadiens ont constamment accentué les deux thèmes que sont « l'engagement » et le « respect de la primauté du droit ».
En février 2001, lorsque l'ancien premier ministre Chrétien s'est adressé au Collège national de la magistrature, ici, à Beijing, il a déclaré :
« Au Canada, la « primauté du droit » a constitué l'un des piliers de notre développement. Elle a permis à notre économie de prendre de l'expansion et de s'adapter au changement. Elle a garanti la liberté individuelle et collective, la stabilité sociale et la paix. »
Je partage cette opinion.
Et je crois qu'en Ontario nous pouvons contribuer à promouvoir le respect des droits de la personne en Chine en promouvant le respect de la primauté du droit.
Laissez-moi exposer plus en détail comment l'Ontario, par son engagement avec les dirigeants et les représentants de la Chine, a tenté de contribuer au respect de la primauté du droit.
Depuis l'élection de mon gouvernement, en octobre 2003, les ministères du gouvernement de l'Ontario ont accueilli 202 délégations en provenance de la Chine.
Ces délégations sont venues au pays pour de nombreuses raisons.
Elles ont rencontré nos représentants et nos dirigeants politiques, et sont retournées en Chine avec, dans leurs bagages, une meilleure connaissance des valeurs canadiennes.
Le ministère du Procureur général de l'Ontario a transmis aux représentants de la Chine des connaissances spécialisées en matière de formation de la police et d'éducation et de formation des procureurs.
Il a donné aux délégations de la formation sur les relations entre la magistrature et les procureurs en Ontario.
Nous donnerons aux membres de cette délégation une formation sur la détection, l'enquête et la poursuite en justice des représentants qui se servent de leur pouvoir pour détenir illégalement des individus et commettre d'autres infractions criminelles.
Aide juridique Ontario s'associe à d'autres organismes canadiens et au ministère de la Justice de la Chine dans le cadre du Projet d'aide juridique et de services juridiques communautaires en Chine .
Des centres modèles d'aide juridique seront établis dans trois provinces de la Chine (Jiangxi, Guizhou et Guangxi) et les avocats recevront une formation qui leur permettra d'acquérir des compétences en matière d'élaboration et de rédaction de règlements sur l'aide juridique.
Le Collège de police de l'Ontario a établi des relations avec des représentants de la police et de la sécurité publique à Beijing et au sein du ministère provincial de la Justice de Jiangsu.
Des délégués de Jiangsu et des juges de Shanghai ont visité des établissements correctionnels en Ontario. Ils ont pu se faire une bonne idée de la façon dont on traite les prisonniers dans nos établissements et respecte leurs droits.
Grâce à ces 202 délégations, tant la Chine que l'Ontario a pu faire un apprentissage véritable.
En conséquence de ces échanges, nous sommes tout à fait persuadés que notre approche axée sur « l'engagement » est la bonne.
Il est réellement important que, peu importe ce qui se produit dans votre coin du monde ou dans le mien, nous continuions à parler.
Il y a probablement certaines choses dans mon pays pour lesquelles vous n'êtes pas d'accord.
Tout comme c'est le cas pour votre pays.
Mais la meilleure façon de nous influencer les uns les autres est de continuer à faire des affaires ensemble et de continuer à échanger.
Je crois que certains des meilleurs espoirs que nous avons pour notre planète résident dans nos jeunes qui ont les désirs légitimes de rejoindre la population des autres coins du monde.
Une autre forme de notre engagement et de notre interaction est d'ordre commercial.
Demain soir, je prononcerai un discours ici, à Beijing, devant plus de 300 personnes.
Bon nombre d'entre elles seront des représentants d'entreprises de l'Ontario.
La Mission ontarienne du commerce et de l'investissement en Chine a pour but d'augmenter les liens d'affaires de notre province avec votre pays.
Le commerce entre la Chine et l'Ontario équivaut maintenant à plus de 15 milliards de dollars par année.
Il a doublé au cours des cinq dernières années.
C'est impressionnant.
Mais nous savons que nous pouvons faire encore bien mieux, tant pour le peuple de la Chine que pour celui de l'Ontario.
Et les gens d'affaires ontariens qui participent à cette mission, en s'engageant avec des gens d'affaires chinois, feront plus que simplement faire des affaires.
L'un et l'autre renforceront l'importance cruciale de la primauté du droit.
On ne peut faire des affaires de façon fiable que si, au sein du cadre dans lequel on évolue, la loi est bien comprise et mise en application en permanence.
Pendant mon séjour en Chine, au nom des entreprises qui m'accompagnent et de celles qui n'ont pas pu m'accompagner, je ferai la promotion de l'application stricte des lois chinoises sur la protection de la propriété intellectuelle.
Dans le cadre de mes rencontres avec les dirigeants du gouvernement de la Chine, je m'assurerai de souligner l'importance de cet enjeu.
J'ai été très heureux de lire dans le communiqué, émis le 11 octobre dernier par l'assemblée plénière du Comité central du Parti communiste de la Chine que « l'ouverture au monde constitue la politique nationale fondamentale de la Chine. »
Il y a eu d'importantes réformes du droit chinois entourant la propriété intellectuelle.
Malheureusement, ces réformes n'ont pas empêché la production ni la vente, en Chine, de prétendu vin de glace de l'Ontario fabriqué frauduleusement et portant des étiquettes contrefaites de vignobles de l'Ontario sur lesquelles on peut lire que le vin est un « Produit du Canada. »
Le vin de glace de l'Ontario est un produit exceptionnel.
La version contrefaite n'en est pas un.
Pour aller de pair avec l'accent mis sur la « primauté du droit », il importe que les autorités chinoises appliquent les nouvelles lois de votre pays lorsque des infractions sont commises.
Nous croyons qu'une application adéquate de la loi se traduira par des investissements bien plus considérables en Chine par l'industrie audiovisuelle et l'industrie de l'enregistrement sonore de l'Ontario, ainsi que par de grands fabricants pour lesquels la protection des brevets est vitale.
Le fait de s'assurer de la « primauté du droit » facilitera les investissements et le commerce, ce qui entraînera la création d'emplois de grande valeur sur nos deux territoires.
Le droit, bien entendu, doit être le reflet des valeurs de la société.
À titres de membres de l'Organisation mondiale du commerce, la Chine et le Canada doivent tous deux veiller à ce que leurs lois soient conformes aux normes internationales.
Nos deux pays doivent faire preuve de leadership pour bâtir le soutien populaire à l'égard des engagements que nous prenons.
Du même souffle, j'aimerais terminer en vous parlant de l'une des priorités de mon gouvernement.
L'Ontario a une tradition de démocratie établie depuis fort longtemps.
Mon gouvernement est toutefois d'avis que le maintien de cette force passe par le renouvellement de notre démocratie.
Nous avons deux objectifs importants à cet effet.
Le premier consiste à moderniser nos institutions politiques afin de les rendre plus responsables, plus ouvertes et plus sensibles à la population de l'Ontario.
Le second est notre engagement à faire en sorte que les citoyens se joignent à leur gouvernement de façon utile, pour que tous ensemble nous soyons à même d'influencer les enjeux qui comptent.
Nous avons entrepris certaines démarches afin de renouveler et de consolider la démocratie de l'Ontario.
Par exemple, il est maintenant illégal pour le gouvernement de faire de la publicité, à la télévision ou dans la presse écrite, qui puisse être interprétée comme « partisane ».
Autrement dit, je n'ai pas le droit de puiser dans les fonds publics pour acheter des publicités télédiffusées qui vantent mes mérites et ceux de mon gouvernement.
Les finances du gouvernement doivent maintenant être vérifiées par un vérificateur indépendant et on doit rendre cette vérification accessible au public – avant la tenue d'une élection.
Ainsi, le gouvernement qui veut se faire réélire ne pourra prétendre que sa situation budgétaire est plus saine qu'elle ne l'est en réalité.
Notre assemblée législative a autorisé la formation d'une assemblée populaire sur la réforme électorale qui doit étudier la façon dont nos élections et notre système de démocratie peuvent se montrer plus réceptifs envers la population.
Et un jury de citoyens sur la réforme du financement politique – un groupe de personnes issues des quatre coins de l'Ontario et autres que des politiciens – étudiera le financement des partis politiques.
Enfin, jusqu'à maintenant, le premier ministre au pouvoir pouvait décider de la date d'une élection, pourvu qu'une élection ait lieu tous les cinq ans.
Traditionnellement, ce droit avantageait le parti au pouvoir.
Je propose que ce pouvoir me soit retiré, ainsi qu'à mes successeurs, en établissant une date fixe pour la tenue d'une élection provinciale tous les quatre ans.
Tout le monde en Ontario le sait déjà : la prochaine élection aura lieu le 4 octobre 2007.
Je crois profondément en l'engagement des citoyens dans nos institutions démocratiques.
Cela encourage les gouvernements à faire de meilleurs choix.
Cela fait de notre province une province plus forte.
J'aimerais terminer en vous racontant une histoire.
Mon père était professeur d'université. Il était un homme imposant.
Mon père continuait de professer à l'extérieur des salles de cours.
Il avait l'habitude de nous dire que personne n'était aussi fort que lorsque nous nous unissions, que personne n'était aussi intelligent que lorsque nous réfléchissions tous ensemble.
Si nous voulons être à notre meilleur, que ce soit en Chine, en Ontario, au Canada ou en tant qu'être humain, nous devons être à notre meilleur lorsque nous faisons des choses ensemble.
Nous savons à quel point il est important de travailler ensemble, de bâtir ensemble et de rêver ensemble à un monde meilleur que nous pourrons créer ensemble.
Je vous remercie. |